mercredi, novembre 01, 2006

Stern : le réchauffement climatique met en péril l'économie mondiale

Sir Nicholas Stern

Lundi 30 octobre 2006, Sir Nicholas Stern, chef du service économique du gouvernement britannique, a fait une présentation détaillant les conséquences économiques du réchauffement climatique si rien n'était fait rapidement à l'échelle de la planète pour réduire l'effet de serre.

Les conclusions de son rapport de 700 pages sont les suivantes : La fonte des glaciers va créer des risques d'inondation accrus. Le volume des récoltes va décliner, spécialement en Afrique. La montée du niveau des océans pourrait conduire à la migration de 200 millions de réfugiés climatiques dans les zones côtières. Plus de 40% des espèces pourraient disparaître. Il y aura de plus en plus de météo extrême (tornades, ouragans, canicules, etc ...).

La conséquence de tout cela, c'est que le produit intérieur brut mondial (PIB), pourrait subir, d'ici à la fin du siècle, une baisse, "très grave", comprise entre 5 % et 20 %. Le prix à payer pour ce ralentissement s'élèverait à plus de 5 500 milliards d'euros. Le réchauffement de la planète aura donc des répercussions économiques aussi dévastatrices que les deux guerres mondiales ou la crise de 1929 si l'on ne fait rien pour l'endiguer.

Ce scénario catastrophe, "d'une ampleur analogue à ceux qui ont suivi les grandes guerres et la grande dépression de la première moitié du XXe siècle", s'appuie sur les prévisions officielles britanniques d'une hausse de 4 % à 5 % d'ici à 2050 des températures par rapport aux valeurs actuelles.

Pour la première fois, un responsable économique de premier plan, ancien responsable économiqe de la Banque Mondiale, chiffre le coût du réchauffement climatique en monnaie sonnante et trébuchante. Vu que c'est le seul langage auquel sont vraiment sensibles les responsables mondiaux de notre monde d'aujourd'hui, une certaine prise de conscience commence à se faire jour, et c'est une bonne chose.

Après la Grande-Bretagne, les Etats-Unis et la France ont approuvé les conclusions du rapport Stern.

Il va enfin se passer des choses ... c'est bien.

Pour en savoir plus :
1. Stern Review on the economics of climate change (HM Treasury)
2. Le réchauffement met en péril l'économie mondiale (Le Monde)
3. Réchauffement: la facture sera salée (Libération)
4. Climat : consensus sur le rapport Stern (Le Nouvel Obs)
5. Report's stark warning on climate (BBC news)
6. At-a-glance: The Stern Review (BBC news)
7. Stern Review summary (fichier .pdf - BBC news)
8. Sir Nicholas' presentation (fichier .pdf - BBC news)

Crédit photo : Alastair Grant

9 Comments:

Blogger Patrick said...

Pour une fois, je ne chausserai pas ma casquette de détracteur systématique, et me contenterai de dire que la lecture attentive du résumé de 27 pages m’a un peu laissé sur ma faim. Je n’en retiens que deux « nouveautés » :

- Une proposition de fixer un seuil d’équivalent-carbone dans l’atmosphère à 550 ppm. Pourquoi pas, je n’ai pas d’objection.

- La recommandation d’agir sur l’un des principaux fauteurs de troubles, la déforestation. Là, ça m’a un peu surpris de lire que la déforestation comptait pour 18 % des émissions de CO2, plus par exemple que l’ensemble des transports dans le monde. On apprend à tout âge.

En revanche, j’ai été un peu déçu de ne pas y trouver de pistes (à l’exception de la question de la déforestation) pour obtenir le résultat (il n’est question que d’incitations, d’investissements en recherche, de taxation, etc.). Un discours essentiellement financier, mais pas technique du tout…

Aussi, je ne suis pas sûr que tout le monde adhère au concept qu’il vaut mieux dépenser un peu aujourd’hui que beaucoup dans cinquante ans… Car dans cinquante ans, les acteurs économiques d’aujourd’hui seront morts et enterrés… Après moi, le déluge…

Aller, quand même, un petit clin d’oeil : à la suite de la présentation du rapport, Tony Blair a déclaré : "Il ne fait pas de doute que les preuves scientifiques du réchauffement climatique provoqué par l'émission de gaz à effet de serre sont maintenant écrasantes". Euh, c’est bien le même Tony qui nous avait juré qu’il avait les preuves certaines que Saddam détenait des armes de destruction massive ?

mercredi, 01 novembre, 2006  
Blogger Patrick said...

Luc, je ne suis pas aussi optimiste que toi quant à la prise de conscience et surtout sur les actions qui doivent être lançées dès aujourd'hui. Car, en réalité, en lisant le résumé à nouveau, il m'apparaît que pour les pays riches proches du 45° parallèle, un petit réchauffement apporte plutôt des bienfaits que des inconvénients (climat plus doux, moins de besoins énergétiques pour le chauffage, agriculture plus vigoureuse). Certes, au Sahel, ils vont crever par dizaines ou centaines de milliers. Mais (excusez mon cynisme), ça, ça fait belle lurette qu'on s'en bat l'oeil (voir Darfour, Biaffra, Sida, Paludisme, etc.). Alors, (excusez encore mon cynisme), pourquoi s'inquiéter pour les prochaines 20 années, puisqu'il n'y a rien que du bon pour nous... Après, ça se corsera peut-être, mais on laissera les suivants traiter le problème.

Ne déduisez pas de ce commentaire cynique que je fais mien le point de vue que j'exprime, je ne fais que reflêter ce que je vois...

Je lis aussi dans le rapport STERN qu'il convient d'investir résolument dans la recherche sur les questions énergétiques. Le monde n'a heureusement pas attendu ce rapport pour lancer des recherches sur les énergies de demain, et notamment en lançant le projet international Iter à Cadarache, qui devrait déblayer le chemin pour l'énergie nucléaire de fusion qui pourrait à terme régler une bonne part des problèmes énergétiques de la planète...

jeudi, 02 novembre, 2006  
Blogger Luc said...

@ Patrick : Evidemment, si tu considère qu'une facture de 5.500 milliards d'euros et un crash équivalent aux deux guerres mondiales plus la crise de 1929, c'est "rien que du bon pour nous", c'est un point de vue ...

Bon.

Tu comprendras sans doute que je ne le partage pas tout à fait ...

jeudi, 02 novembre, 2006  
Blogger Jack said...

@Patrick : tu mentionnes souvent ITER ces derniers temps, moi c’est un projet qui ne m’inspire pas confiance.
D’abord parce c’est un gouffre financier, et que tout l’argent jeté là ne sera plus disponible ailleurs.
Ensuite parce que je vois poindre des centrales encore plus géantes que nos centrales actuelles, et que « small is beautifull ».
Qu’enfin je ne crois pas à la solution énergétique unique et universelle, qu’il nous faudrait effectivement dépenser beaucoup plus en recherches sur de nouvelles formes d’énergie et d’économie d’énergie en « ratissant » plus large ce que précisément empêchent les projets titanesques tels qu’ITER.

Tout çà, sans parler des neutrons rapides, produits de la réaction de fusion, dont personne n’a la moindre idée de la manière de les confiner...
ni de la manière de produire le « carburant » de ces centrales.

jeudi, 02 novembre, 2006  
Blogger Patrick said...

Luc, je ne fais que lire le résumé du rapport, qui dit en page 2 : "Our actions over the coming few decades could create risks of major disruption to economic and social activity, later in this century and in the next, on a scale similar to those associated with the great wars and the economic depression of the first half of the 20th century".

Certains peuvent interpréter la chose comme : "ça coûtera très cher, mais dans cent ans". Dans ces conditions, il va être difficile de convaincre ceux-là de se serrer la ceinture aujourdh'ui... Ce décalage dans le temps rend la chose difficile à faire avaler...

Déjà, sans décalage de temps, nous (les riches), on ne fait pas grand chose, par exemple, pour éradiquer le paludisme, qui fait environ 2 millions de morts chaque année dans le monde (chez les pauvres)... Alors, allez convaincre de mettre la main à la poche* pour un risque décalé de 100 ans !

* C'est une image, bien entendu. On parle là de croissance réduite voire de récession, de diminution du niveau de vie, de restrictions, d'augmentation du chomage, etc.

vendredi, 03 novembre, 2006  
Blogger Patrick said...

ITER... Si on savait comment faire une centrale à fusion, on n'aurait pas besoin d'ITER, on la ferait tout de suite ! Quand on a fait la première pile atomique, on ne savait pas non plus trop comment on allait faire... Et puis petit à petit on a résolu les problèmes.

Moi, je veux bien entendre la critique du "centralisé". Mais il se trouve que la France a développé une solution pour son approvisionnement d'énergie électrique qui lui donne des tas d'avantages. Elle est efficace, sûre et peu coûteuse. Il y a une dizaine d'années, j'ai travaillé sur la question de la possibilité d'utiliser des piles à combustible de manière décentralisée - au niveau d'un quartier, d'une petite ville, voire même au niveau de l'habitation individuelle. Le concept était séduisant... Le problème, c'est qu'en grattant le sujet, on s'apercevait que les promesses n'étaient pas tenues. Par exemple, des piles à combustible, ça consomme du gaz, et il faut donc développer des réseaux de gaz. En plus, en France, on n'a plus de gaz... Au bout du compte, on arrivait à la conclusion que l'électricité nucléaire, c'était vachement bien...

Il faut peut-être accepter que certaines technologies se conçoivent mieux en mode centralisé, d'autres en mode réparti... Moi, ça ne me gêne pas... Par exemple, l'informatique, c'est mieux en réparti. L'industrie lourde, c'est centralisé. Les services, c'est mieux en réparti, etc.

vendredi, 03 novembre, 2006  
Blogger Patrick said...

Je vous ai déjà dit que le rapport STERN m’avait laissé sur ma faim. Le Monde de samedi 4 novembre a retranscrit un article du « The New York Times », intitulé « What Matters Most », qui, pour le coup, m’a vraiment beaucoup intéressé. Il évoque les solutions préconisées par des études faites à l’Université de Princeton. Je vous encourage chaudement à en faire une lecture attentive (c’est en anglais, mais très facile à lire). L’étude préconise 25 actions et fait ressortir 7 actions très concrètes qu’on devrait lancer rapidement, dont chacune réduirait les émissions de CO2 de 1 milliards de tonnes.

Permettez-moi de commenter les 7 principales actions préconisées :

1 / Capturer 90% du CO2 émis par les 800 nouvelles centrales à charbon de 1 Gigawatts. C’est évidemment une mesure de bon sens. J’adhère à 100%.

2 / Remplacer environ 800 centrales thermiques prévues par 800 centrales nucléaires. J’adhère à 100 %.

3 / Les 2 milliards de voitures sur la route doivent consommer 4 litres aux 100 km au lieu de 8 actuellement. Evidemment, ça concerne surtout les constructeurs américains… Mais j’adhère à 100 %.

4 / Amplifier la production éolienne dans un rapport 80 et utiliser cette énergie pour faire de l’hydrogène pour alimenter les automobiles. L’idée est au moins techniquement raisonnable, car elle s’affranchit du caractère intermittent et aléatoire de l’énergie éolienne (on ne compensera pas par de l’énergie thermique, et simplement on ne produira pas d’hydrogène dans les périodes de vent calme). Et aussi, l’hydrogène sera produit près des lieux de consommation, ce qui minimise les problèmes et les coûts de transport. Mais on peut faire la même chose avec l’énergie nucléaire « centralisée », en gardant l’idée de petites usines réparties, sans qu’il y ait un impact trop fort sur l’environnement. Donc j’adhère à l’idée d’usines d’hydrogène réparties (c’est déjà comme ça que fonctionne l’entreprise Air Liquide), mais je persiste à penser que les éoliennes sont inutiles.

5 / Augmenter l’efficacité des centrales thermique à charbon de 40 % à 60 %. Aucune objection, et ça ne doit pas être très difficile.

6 / Réduire la consommation d’énergie de 25 % dans les habitations, les bureaux et les magasins. Pas de problème avec ça, c’est d’ailleurs déjà largement en route en Europe. J’adhère à 100 %.

7 / Multiplier la production d’énergie solaire dans un rapport 700. La, j’avoue que ça me laisse perplexe, parce que je ne sais pas trop de quoi ils parlent. S’ils parlent du fait de mieux profiter des rayons du soleil dans sa maison en ménageant plus d’ouvertures (avec vitrage isolant pour créer un effet de serre domestique), je suis d’accord. S’ils pensent au photovoltaïque, j’ai des doutes. S’ils parlent de grandes centrales solaires, j’ai des doutes aussi…

En conclusion, j’adhère sans réserve à 5 propositions sur 7. Et vous ?

P.S. : L’Université de Princeton semble n’avoir rien vu du problème de la déforestation…

dimanche, 05 novembre, 2006  
Blogger Luc said...

@ Patrick : Très intéressant, ton article. J'adhère aussi !

dimanche, 05 novembre, 2006  
Blogger Betty said...

j'adhére aussi -
Pour le dernier point peut-être qu'il s'agit de la gestion intelligente de l'ensoleilement. j'ai vu un reportage sur le sujet il y a qq années sur arté. Il s'agit de mieux penser l'architecture pour mieux utiliser la lumière naturelle (et la chaleur solaire) permettant des économies d'énergie assez conséquente - Puits de lumière (par exemple pour éclairer un hall ou un cage d'escalier) meilleur choix de l'orientation, meilleure répartition des ouvertures, meilleure répartition des piéces avec de larges espaces ouverts, choix de matériaux mieux adaptés etc..) Il y a en Allemagne et en Angleterre des constructions "pilotes". C'est très malin.

mardi, 07 novembre, 2006  

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